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Livraison du dernier kilomètre : les acteurs de la logistique mettent le paquet

juin 30, 2022 Damien Grosset

L’explosion du commerce en ligne, et avec lui l’augmentation du nombre de livraisons, rend l’enjeu du « dernier kilomètre » crucial pour les transporteurs. L’idée : optimiser les processus de livraisons pour gagner en coûts et en agilité… tout en garantissant une dépollution des centres-villes grâce à des transports plus « doux ».

 

Amazon se positionne sur le marché juteux du dernier kilomètre. Le géant de l’e-commerce vient d’annoncer ce mois de juin le lancement dans le courant de l’année de son service de livraison par drone, Prime Air. À Lockerford, petite ville californienne entourée de vignobles, les drones lâcheront les colis d’un poids maximum de 2,26 kg dans les jardins des clients, tout en évitant les altercations (avec les cheminées ou des animaux de compagnie, par exemple) grâce à des capteurs incorporés. La firme de Seattle n’est pas la seule à mettre le paquet dans la livraison par drone. Après avoir livré près de 200 000 colis à Helsinki, Christianburg (dans l’État de Virginie, Etats-Unis) ou encore dans plusieurs villes australiennes, Wing, société de livraison d’Alphabet (maison mère de Google) déploie ses ailes à Dallas depuis avril dernier. 

L’avenir de la logistique du dernier kilomètre n’appartient pas qu’aux drones. Le robot rouleur aussi a son mot à dire. Ahti Heinla et Janus Friis, les deux fondateurs de la start-up estonienne Starship Technologies (et par ailleurs les deux fondateurs de la célèbre messagerie Skype) le pensent, en tout cas. Leur petit bolide à six roues, aux allures de rover martien, arpente les trottoirs d’une poignée de villes américaines et anglaises. Que propose l’engin ? Doté d’une vitesse de 6 km/h environ (soit la vitesse d’une marche normale), le robot livre sur un périmètre de 3 kilomètres en moins de 30 minutes. Un système vidéo est installé sur l’appareil pour garder un œil sur le trajet et un opérateur peut en prendre le contrôle. Résultat des courses : la flotte de 1 700 robots de la start-up comptabilise plus de 10 000 livraisons par jour. Ce bon résultat n’est pas le fruit du hasard : la pandémie a sans nul doute accéléré le déploiement de ce type de livraisons. « Tout le monde avait besoin de livraisons sans contact », résumait l’été dernier à l’AFP Andrew Curtis, chef des opérations au Royaume-Uni de Starship Technologies, pour justifier l’utilisation de ses robots. L’argument est valable, certes. Mais d’autres arguments expliquent ce succès. L’explosion du commerce en ligne par exemple, et avec lui l’augmentation du nombre de livraisons. Sur l’année 2020, la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) a enregistré 112 milliards d’euros de vente en ligne. En 2021, les achats en ligne approchent la barre des 130 milliards d’euros. Ce n’est pas fini. Toujours selon la Fevad, sur l'année 2021, 2,1 milliards de transactions ont été effectuées en ligne, soit une hausse de 16 % par rapport à 2020.

 

L’enjeu de l’optimisation de la livraison

Face à cette explosion du e-commerce et les changements de comportements d’achats des Français (74 % des acheteurs affirment que leurs comportements d’achats ont réellement changé, selon la récente étude Future Shopper WPP, pilotée par Wunderman Thompson), les commerçants ont dû s’adapter. D’abord, en multipliant les options de livraison (drive, click & collect, livraison à horaires décalées…) : « Que ce soit en termes de flux, de modes de livraison, de nature de produits transportés, de contraintes au point de livraison, ou encore de services à valeur ajoutée proposés au client, les besoins des clients finaux et les offres proposées par les transporteurs n’ont jamais été aussi larges », explique Christophe Leroy, consultant supply chain chez Suppleo Conseil, dans le Baromètre 2022 de la livraison du dernier kilomètre que publie Woop, plateforme d’optimisation de solutions de livraison dernier kilomètre (voir interview d’Alexis Quesney, co-fondateur et DG de Woop, en cliquant ici).

Ensuite, en optimisant les modes de livraison. Parce que la livraison du dernier kilomètre coute chère. Selon une étude du Capgemini Research Institute, elle totalise en moyenne 41 % du coût total de la chaîne logistique dans le cas d’une livraison à domicile. C’est dire si l’enjeu de son optimisation est décisif. Alors que font les entreprises pour gérer la logistique du dernier kilomètre ? Pour beaucoup, elles externalisent. C’est par exemple le cas de Mobivia, Auchan, Cora, Intermarché, Nespresso, Pimkie, la SNCF ou encore l’Oréal, qui ont récemment confié le dernier maillon de leur supply chain à La Poste, ou plus exactement à Log’issimo, sa filiale spécialisée dans la logistique de proximité. Coca-Cola aussi s’est attaché les services du groupe en janvier dernier. Au programme de cette collaboration : l’expédition de la PLV de la marque, l’expédition des stocks décentralisés vers des plateformes régionales, la préparation des commandes pour les commerciaux, la remise des commandes sous forme de drive... « En à peine un mois d’exploitation, ce sont plus de 100 semi-remorques réceptionnés pour constituer les stocks, plus de 3 000 palettes stockées, près de 650 commandes qui ont été préparées sur les plateformes régionales », constate Pascal Vegh, directeur Trade Marketing et Digital de Coca-Cola Europacific Partners. Cette façon qu’a Log’issimo de concocter une logistique sur mesure porte ses fruits : cette activité a rapporté au groupe La Poste 150 millions d’euros en 2021. Et elle ambitionne d’atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2030. 

 

Un verdissement des flottes de véhicules

Un autre facteur détient un rôle fondamental dans l’optimisation du dernier maillon de la chaîne logistique : l’empreinte écologique. Et pour cause, outre le fait qu’elle coûte chère, la livraison du dernier kilomètre pèse environ 20 % du trafic, occupe 30 % de la voirie et se trouve être à l’origine de 25 % des émissions de gaz à effet de serre, selon les chiffres publiés par le Comité d’analyse stratégique

Alors, que proposent les professionnels de la logistique ? Il y a les drones, bien sûr. Il y a aussi – nous l’avons vu – les robots. Mais si ces innovations portent l’avenir de la livraison, elles sont encore loin d’envahir le marché. En attendant, les groupes sont tout de même en ordre de marche pour réduire leur impact environnemental. Déjà à la tête d'une flotte de véhicules GNV et électriques, Geodis se prépare à réaliser 85 % de ses livraisons avec des véhicules zéro émission. En mars dernier, la filiale logistique de la SNCF a contracté un partenariat avec Renault Trucks pour développer un poids lourd électrique de 16 tonnes (la livraison du prototype est programmée pour fin 2022). Et pour assurer ses livraisons urbaines sans difficulté, Geodis compte installe ses propres bornes électriques : à l'horizon 2025, la société compte déployer une centaine de bornes de recharges et 700 camions électriques.

De son côté aussi, La Poste multiplie les efforts. Log'issimo compte par exemple sur 13 500 circuits dédiés neutre en carbone et une flotte de 9 000 véhicules dont 1 800 électriques. En avril dernier, lors d’une conférence de presse présentant les ambitions de Log’issimo, Philippe Dorge, DG adjoint du groupe en charge de cette branche, résumait : « Les besoins en matière de logistique de proximité sont en forte augmentation, et l’objectif pour La Poste est d’apporter aux entreprises et collectivités des réponses compétitives et agiles, tout en répondant aux enjeux de décarbonation ou de décongestion des centres-villes ». Car l’enjeu est là : trouver des solutions de livraison pour empêcher la saturation des centres urbains, conséquente de l’explosion du commerce en ligne. Et de ce point de vue, les organisations misent de plus en plus sur des modes de transports encore plus « doux », comme des biporteurs et des triporteurs dotés de remorques et conduits à la force du mollet. Urby, filiale du groupe La Poste dédiée à la logistique urbaine, compte déjà plus de 100 vélos-cargo. Log’issimo compte investir dans 700 vélos cargos dédiés à la logistique urbaine d’ici à 2024. De son côté, la start-up Star Services a déployé l’an dernier la livraison à pieds…

L’idée est donc installée : stopper les camions à l’avant-dernier kilomètre (voire installer de petits espaces de stockage près des centres-villes) pour ensuite emprunter des modes de transports plus agiles et plus verts sur le dernier kilomètre pour désengorger les centres urbains. C’est dire si la Supply chain démontre, une fois sortie de la crise sanitaire, qu’elle parvient à s’adapter aux nouveaux enjeux commerciaux et sociétaux.   

 

 

 

 

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