Inscription

Logistique : quand la supply chain prend le pouvoir

janvier 26, 2022 Damien Grosset

Depuis la crise sanitaire, la supply chain est dans toutes les bouches. Rien de plus normal étant donné les difficultés des entreprises à faire face aux nouveaux modes de consommation et aux ruptures d’approvisionnement. Reste qu’au moment de la reprise économique, la supply chain prend du galon dans la stratégie des entreprises. Avec, en ligne de mire, une accélération de la digitalisation.

 

Avec la crise sanitaire, un coup de froid a traversé l’économie mondiale. Et si les entreprises françaises renouent avec la croissance (Le PIB a bondi de 3 % au troisième trimestre 2021 dans l’Hexagone, selon l’Insee), les deux années écoulées ont pointé les failles d’un système. Car entre les ruptures d’approvisionnement en tout genre (produits pharmaceutiques, alimentaires, électroniques, textiles…) et les nouveaux modes de consommation, notamment avec l’explosion de la vente à distance et la fermeture de boutiques et de restaurants (la fermeture des cantines et des restaurants a par exemple provoqué une dégringolade de la demande d'aliments en grands contenants), les industriels ont tout intérêt à revoir leur copie pour s’adapter. Comment ? Déjà, en revoyant leur stratégie supply chain (ou chaîne d’approvisionnement), c’est-à-dire toutes les tâches qui incombent à l’industriel, de l'approvisionnement à la livraison, en passant par la production et la vente. 

D’ailleurs, les entreprises le reconnaissent : selon une étude publiée par Orange Business Services au début de l’an dernier, 40 % d'entre elles avouent ne pas avoir été suffisamment armées avec leur supply chain pour affronter la crise liée à la pandémie de Covid-19. Autre chiffre éloquent : 83 % des entreprises interrogées affirment être plus conscientes qu’avant la crise sanitaire des risques liés à leur supply chain. « La pandémie a mis en évidence des vulnérabilités dans les supply chains et il est essentiel pour les entreprises de les réinventer afin de limiter les risques », souligne Philippe Roger, directeur général d’Orange Consulting. 

Autre étude, plus récente cette fois-ci (elle a été publiée en novembre 2021), mais qui abonde dans le même sens : le sondage Navigator 2021 du groupe HSBC révèle en effet que la principale préoccupation des dirigeants d’entreprises pour l’année 2022 est la gestion des chaînes d’approvisionnement (25 % des sondés). Suivent le commerce international, l’innovation et le développement durable. 


La supply chain au cœur de l’organisation des entreprises

L’étude du groupe HSBC n’en finit pas de révéler les craintes des dirigeants quant à l’organisation de leur supply chain : près de 80 % des entreprises françaises prévoient une interruption de leur chaîne d’approvisionnement sur cette année 2022 (contre seulement 23 % pour le reste du monde). Essentiellement à cause de la hausse de la demande croissante qui découle de la crise sanitaire mais aussi d’une pénurie de conteneurs et de main d'œuvre. 

Alors, pour éviter les risques, les entreprises prévoient d’investir à fond dans leur stratégie supply chain. , directeur associé chez HereWeGo, société de conseil spécialisée dans les transformations des modèles de Supply Chain dans le retail, mettre un terme à une stratégie centrée sur la quête du plus bas coût pour installer la Supply Chain au cœur de sa stratégie n’est plus une option mais une nécessité pour survivre : « La fragilité du système est essentiellement liée aux dépendances, aux stratégies court-termistes extrêmes et à l’absence de réactivité des organisations et des modèles, soutient-il. Mais une organisation actrice dans les décisions et qui dispose du support d’un système informatique performant et adaptable, représente un véritable avantage concurrentiel ». 

Par « système informatique performant et adaptable », comprendre l’importance pour les entreprises de développer des systèmes d'information qui relient l'ensemble du processus de gestion des dépenses et qui connectent tous les acteurs de la chaîne. Sur ce point, les outils existent déjà. C’est le cas par exemple de Winddle, plateforme collaborative en mode Saas qui entend assurer un pilotage agile et sans rupture d’information, de la commande à sa réception. Pas avare en fonctionnalités pour faciliter les flux logistiques, la plateforme vient d’en lancer une nouvelle. Son nom : le Carbon Impact Tracking, fonctionnalité capable de calculer de manière automatique l’impact carbone du lieu de production jusqu’à la livraison finale. 

Apporter plus de visibilité sur l’impact carbone : une fonctionnalité qui pourrait paraître anecdotique pour certains. Mais en réalité, elle représente bien les défis d’une Supply Chain qui se veut plus verte. D’ailleurs, si l’on en croit les propos du directeur général d’Orange Consulting, l'intégration de la résilience et du développement durable dans la Supply Chain, grâce à la numérisation ainsi qu'à la connaissance des données en temps réel, constitue une priorité pour les stratégies de transformation des entreprises : « Intégrer le numérique en diversifiant la combinaison géographique des sites de fabrication et des fournisseurs et en gérant mieux les facteurs de coût et d’impact environnemental, est aujourd’hui inévitable pour assurer la survie et compétitivité de l’entreprise ».

« L'automatisation de la Supply Chain peut faire gagner du temps et de l'argent à l'entreprise, tout en aidant les opérateurs à être plus efficaces, plus précis et plus productifs. »


Allier la technologie et l'humain

Au cœur de la digitalisation de la Supply Chain, un terme gagne ses lettres de noblesse : l’automatisation. Entre IA, datas, cloud… c’est tout un écosystème qui se met en place autour de ce nouveau levier majeur au service de la transformation de l’entreprise, dans le seul et unique but d’accroître son agilité et sa visibilité… tout en laissant une place à l’humain. « L'automatisation dans l'entrepôt prend de nombreuses formes : intelligence artificielle, machines, cobots et robots qui aident l'humain pour les processus relatifs à la gestion des stocks, au suivi des biens, au traitement des commandes, assure Brandon Black, VP et GM Ivanti Supply Chain, dans une tribune qu’il accorde à Ecommercemag.fr. En bref, l'automatisation de la supply chain peut faire gagner du temps et de l'argent à l'entreprise, tout en aidant les opérateurs à être plus efficaces, plus précis et plus productifs. Je pense que cette technologie va vraiment faire passer les opérations de l'entrepôt au niveau supérieur en 2022, car les outils d'automatisation aident à combler le manque de personnel, à sécuriser la chaîne d'approvisionnement et à préparer l'entreprise au futur, même en période d’incertitude. »

Ce constat de Brandon Black, les entreprises le connaissent déjà. Selon le cabinet d’études Gartner, avant fin 2022, 90 % des grandes entreprises devraient avoir mis en place un projet de RPA (robotisation des processus) dans leur organisation. « La robotisation est La Révolution du secteur de la Supply Chain, confirme Guillaume Vatin. Même si les déploiements actuels des robots intelligents en entrepôts sont encore faibles compte tenu du coût d’investissement, ils apportent agilité, fiabilité et productivité. » 

Exemple de cette robotisation de la production : le Geodis Countbot. Ce robot, mis au point après trois ans de travail par les équipes de Geodis et de Delta Drone, a pour mission de faciliter les inventaires dans les entrepôts. Déjà commercialisé en France (et dans le monde entier dès cette année), ce robot mobile autonome de 120 kg, doté d'un mât télescopique d’une hauteur de 10 mètres, permet de réaliser l’inventaire d’un site de 10 000 m² en trois heures (avec un seul robot), contre une journée entière pour une opération standard d’inventaire. Un véritable gain de productivité pour l’entreprise qui pourrait aussi bien enthousiasmer les salariés, souvent contraints de cesser leur activité et de prendre des risques en termes de sécurité pour gérer l’inventaire.

Outre le Geodis Countbot, de manière générale, la robotisation n’a pas (encore) vocation à supprimer de l’emploi. La preuve : France Stratégie, organisme d'analyse rattaché au Premier ministre, le successeur du commissariat au Plan, a estimé ce mois de janvier que les métiers de la logistique seront en vedette dans les années qui viennent. Si ces métiers sont en demande, c’est notamment dû à l’explosion de l’e-commerce et à l’exigence de la part des consommateurs d’une livraison toujours plus rapide. C’est dire si la Supply Chain n’en est encore qu’aux prémices de sa mutation. 

 

Partager l'article :